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 Du sens des mots et de leur traduction

Terror/isme comme politique ou comme hétérogénéité.
 Du sens des mots et de leur traduction

Posté par radaivekovicunblogfr le 19 septembre 2010

Rada Iveković,

Terror/isme comme politique ou comme hétérogénéité.
Du sens des mots et de leur traduction*

©rada iveković 2006.

Je ne voulais pas donner un nom arabe à la violence, car elle est partout, elle est humaine. (Yasmina Khadra, Interview, Le Monde des livres 28-9-2006)

Dans le langage politique international mondialisé, il existe de nos jours une utilisation nouvelle et inversée des termes et concepts de « terreur » et « terrorisme ». Dans une certaine mesure et selon les besoins du moment (c’est-à-dire ceux des superpuissants), la traditionnelle signification de ces termes s’applique toujours aux situations et conflits considérés comme régionaux et inoffensifs au plan mondial. Elle s’applique également aux situations qui ne sont pas de dimension mondiale, comme le conflit au Sri Lanka ou au Népal et la pratique du terrorisme qui le caractérise. Dans de tels conflits « régionaux », le contexte plus grand du terror/isme d’État peut encore être perceptible et (in)directement reconnu. D’une part, et suite à la paranoïa instituée par le « onze septembre », moment de refondation de l’histoire, la nouvelle conception du terrorisme mondial s’applique de nos jours grossièrement au complexe auquel se rattachent vaguement les notions d’« Arabe-pays-appartenance ethnique-religion-et/ou-Islam ». Tout cela renvoie à « une menace mondiale » également construite dans ce processus et perçue comme relevant de l’aire du terror/isme mondial. C’est également et sans nul doute l’aire des guerres vaines contre la terreur, ou pour la démocratie. Dès lors que la menace est perçue comme étant d’envergure mondiale, toutes les autres formes de violence seront considérées comme mineures ou sans importance, bien qu’elles puissent être employées comme prétexte pour imputer la barbarie absolue à l’Autre dans des contextes plus ou moins limités tels que la violence contre des femmes ou une perception différente des libertés individuelles. Acquis avec difficulté et souffrance par la création des Nations Unies et durant la guerre froide, l’équilibre des forces qui garantissait le respect de quelques règles internationales relatives aux comportements des États et préservait l’idéal généralisé de la règle du droit (the rule of law), est arrivé à son terme. La force semble encore prédominer dans les relations internationales aujourd’hui.

La violence sous l’apparence de la « terreur » et du « terrorisme » est maintenant attribuée à cette autre partie plus ou moins absolue et irréductible. Le terrorisme d’État, qui inclut et peut souvent être apparenté à l’anti-terrorisme ou à la contre insurrection, est maintenant considéré comme étant au service d’objectifs « plus élevés », à caractère exclusivement défensif et justifié à l’avance. Mais il n’y va pas de même pour tous les Etats. Dans un sens plus large, le terrorisme d’État inclut la terreur paraétatique et les « stratégies de contre terreur » internationales, y compris les guerres, la torture, les transferts spéciaux, l’extraterritorialité et l’extra légalité de détention, la détention secrète, les sécheresses produites par l’homme, la pollution, les perturbations climatiques, les famines, l’émigration forcée, la terreur contre les femmes, le trafic des humains, le tourisme du sexe, le racket armé, ainsi que les attentats-suicide comme forme de « résistance suicidaire » etc.

Je considère la langue comme n’étant pas seulement un moyen d’expression des différences lors de soirées mondaines ou lors d’engagement de négociations nécessaires et souhaitables dans les conflits. La langue peut aussi être elle-même à l’origine de conflits. Elle peut (mais ne devrait pas) être utilisée comme une arme à l’instar de toute autre arme ; c’est pourquoi je passerai en revue dans cette étude, la politique de la langue, celle du discours sur le terror/isme. Il ne s’agit pas seulement d’une question de liberté d’expression, mais de savoir à qui et dans quels buts et conditions profitent ces droits et cette liberté.

L’ancien ministre de l’Intérieur français (aujourd’hui son président) avait déclaré à propos de l’attentat contre le World Trade Centre : « Les terroristes sont des assassins et des barbares, sans foi ni loi », ajoutant que « rien – ni la misère, ni la situation des Palestiniens – ne pourrait expliquer ce qui s’est produit ici il y a de cela cinq ans. Le danger de commencer par essayer d’apporter des explications à cette affaire est que ces tentatives peuvent aisément être considérées comme des tentatives de justification » . Partant de ce point de vue, notre
conférence peut être assimilée à une tentative de justification.

Mon intérêt se portera sur la dernière partie de la déclaration de Nicolas Sarkozy à New York.
Je commencerai par prendre quelques définitions possibles de terrorisme, tout en ayant parfaitement conscience qu’aucune définition exhaustive et satisfaisante ne peut être donnée. Cet état de fait ne peut cependant, à la limite, constituer la raison pour laquelle quelques auteurs n’introduisent aucune définition dans leurs écrits, comme c’est le cas avec le sceptique Michael Ignatieff , dont je partage le scepticisme, mais pas pour autant les « solutions » libérales aléatoires pour le risque moral encouru à penser !
Ignatieff construit ses analyses à partir de l’idée qu’il existe un consensus supposé au sujet du terrorisme mais il n’en définit les différentes formes qu’à la seconde moitié de son livre. Par un tel procédé, il limite prématurément la signification du concept terror/isme. Pour lui, ce qui s’appellera le terrorisme, et par qui il est agi, n’est pas discutable ; ce qui est important, c’est ce qui « nous » met dans une position juste. Partant de là, il n’est pas surprenant qu’il n’attribue aucune place au concept de terreur d’Etat. Sa « théorie du moindre mal » est une méthode pragmatique de progression étape par étape, de tentatives et d’erreurs, sans autre grande assurance que l’espoir d’être juste. Par conséquent, « une démocratie libérale [est] un ordre constitutionnel qui fixe des limites à tout usage de la force par un gouvernement ».

Par définition, une démocratie libérale (et il faut entendre ici les Etats-Unis comme démocratie libérale par excellence) n’emploie pas la force. Cependant, je crois en ce qui me concerne, en l’utilité d’essayer différentes définitions pouvant rapidement être appliquées pour évaluer une situation donnée. Leur diversité permet à notre raisonnement une certaine rétrospective autocritique. Qui peut établir, sans prise de position préalable, la différence entre le nouveau type de guerre « contre la terreur », de massacres massifs des civils, et le terrorisme ? Par terrorisme, nous entendons habituellement la violence politique commise contre des civils et/ou contre des institutions publiques ; ou alors la violence contre un ordre politique .

Les civils désignés comme victimes sont parfois qualifiés d’« innocents ». Serait-il plus approprié de les tuer s’ils n’étaient pas aussi innocents ? Robert E. Goodin pense que le terrorisme n’est qu’une stratégie politique servant à effrayer la population . Toutefois, la question de l’origine, de l’utilisation et du but de la définition doit être également soulevée. Le terrorisme est défini par un État à travers des lois, mais également par la politique de l’État et sa capacité ou non de traduire politiquement ce que signifie le concept « terrorisme » ou ce à quoi il répond. Prenons l’exemple de la loi indienne de 2002 pour la prévention du terrorisme (Prevention of Terrorism Act), et le USA Patriot Act de 2001 ainsi que toute législation similaire légitimant l’action militaire préventive ou renforçant la répression contre les fugitifs, les réfugiés, les immigrés, des étrangers vivant dans d’autres pays, notamment dans une récente période.

Le terrorisme peut même être une violence latente, revêtant l’aspect de menaces contre les civils que l’État est censé défendre ou n’a pas été en mesure de protéger. À travers le terrorisme, l’État assoit la légitimité de sa politique de sur sécurisation par la contre insurrection et les programmes de lutte contre le terrorisme, ainsi que par des lois qui favoriseront bien plus (que ce que font généralement les lois) les nationaux par rapport aux ressortissants étrangers . Le terrorisme et l’État évoluent ensemble dans un cycle entier d’interdépendances. Le « terrorisme » et les « terroristes », ce sont souvent « les autres », jamais « nous-mêmes ». Bien que les morts enregistrées au sein de la population civile interviennent en dommages collatéraux, les « terroristes » ciblent souvent délibérément des civils afin de frapper l’État, un système politique, un gouvernement, une politique. Ceci signifie qu’ils agissent dans un champ de contestation démocratique théoriquement possible, mais qu’ils ont plutôt choisi, ou ont été obligés (ou les deux à la fois) d’employer des moyens violents dans leur lutte. Ceux qui sont qualifiés de terroristes ont soit totalement été laissés pour compte, soit ils ont préféré demeurer en marge de toute représentation politique. Qu’ils soient désignés comme « terroristes » signifie qu’on ne leur reconnaît aucun statut politique, et qu’ils ont recours au « terrorisme « afin d’accéder au champ politique dans un contexte autrement répressif.

Même les « démocraties » ont de telles sphères répressives pour ceux dont les revendications politiques ne sont pas reconnues. Elles nous rappellent l’efficacité et l’ampleur de l’excès. Il n’existe pas de « terroristes » (ou de survivants), pas de « terroristes » connus dans le totalitarisme, car pour qu’ils puissent exister, il faudrait un minimum de démocratie ou d’espace politique, bien que ce dernier les exclue. Les « terroristes » considéreront toujours que ce minimum n’est pas suffisant. C’est également la légère mais substantielle différence entre le totalitarisme et la démocratie ; et c’est principalement une différence de degré.

Ainsi, pour « traduire » leurs objectifs, les « terroristes » opteront aussitôt pour certains intérêts spécifiques (se voulant d’ordre religieux, social, linguistique, culturel, etc.), ou bien il leur sera attribué une désignation particulière (religieuse ou autre) par la partie dominante. L’étiquette elle-même fait le « terroriste » , en plus de son (lui, et parfois elle) acte, mais souvent même indépendamment de son acte. En parallèle, l’État, le système international fonctionneront dans un contexte de production, alimentation, reproduction et lutte contre le « terrorisme » par l’instauration de régimes politiques et de périodes de terreur. Et de nos jours, le système agira par la terreur généralisée de plus grande envergure, s’étendant à l’échelle internationale sous forme de guerres vaines et préventives, imposant la démocratie par des moyens militaires, au nom de la sécurité nationale, de l’État et de la sécurité mondiale . La sécurité ainsi définie, prendra également comme prétexte la protection des individus. Le scandale actuel par lequel les agences de renseignement des USA ont reconnu que la guerre contre l’Irak, au lieu de disperser une myriade de petits groupes terroristes non reliés entre eux, les a en fait classés sous – en la leur collant – l’étiquette d’Al Qaeda. Cela ne fait que confirmer ce que nous venons d’avancer . Le résultat en est que nous nous trouvons devant une question à double tranchant autour de laquelle les deux parties, « terrorisme (islamiste) » et « guerre (occidentale) contre la terreur » se constituent mutuellement comme adversaires. Mais la sécurité nationale et celle de l’État ont clairement besoin d’être redéfinies comme étant réellement la sécurité des individus, du peuple et des collectivités, pas seulement celle des États et de la classe dominante, pour que ce contexte mortel soit modifié .

Le terrorisme a existé en tous temps ; les guerres aussi. Une distinction « absolue » entre le terror/isme et les guerres est introduite dans le nouveau discours mondial. Elle ne tient pas. Certains diront qu’il y a des guerres justes, mais non de terrorisme juste. Pourtant toute définition d’une guerre juste nécessaire demeure arbitraire. Le seul fait indiscutable est que les guerres tuent de plus en plus de personnes dans le monde, beaucoup plus que ne l’a fait l’acte terroriste le plus destructeur y compris celui du « 11 septembre ».

Les populations décimées par les guerres sont de nos jours constituées principalement de civils bien que l’acte de tuer des civils est habituellement le fait du terrorisme selon la définition qui en est donnée. Le terrorisme, y compris le terrorisme « mondialisé », tue entre 1000 et 3000 civils par année à travers le monde. Les guerres en ont tué beaucoup plus , comme l’ont fait la pauvreté engendrée par l’homme, la maladie, le chômage et les catastrophes naturelles mal gérées .

Désémantiser afin de dépolitiser

Les politiciens, comme on le verra plus loin, ont souvent tendance à banaliser les faits en prétendant que le terrorisme frappe de manière inattendue. Cependant, l’histoire abonde d’exemples, de circonstances et de conditions complexes et profondes accumulées historiquement menant au terrorisme. La terreur d’État et une société violente soumise à l’injustice sont de celles-là ; les mouvements et courants révolutionnaires aussi. Peut-être bien que nous pourrions distinguer entre la terreur d’État, orientée vers sa propre population, et le terrorisme d’État, quand un État ou une coalition d’États utilisent des méthodes terroristes à l’encontre d’autre pays. Cela commence traditionnellement par le colonialisme dans l’histoire, mais il est possible de nos jours qu’une telle entreprise n’y soit plus associée dans les mémoires.
Il serait difficile dans plusieurs cas de faire la différence entre « la terreur d’État » et « le terrorisme d’État » bien que cette distinction puisse être plus facile à établir que la distinction entre « le terrorisme » et « la guerre ». D’une autre part, des mouvements terroristes vont mériter le label de révolutionnaires et, à leur tour, quelques-uns d’entre eux arriveront au pouvoir. Généralement, leur passé terroriste sera rétrospectivement légitimé. On peut citer plusieurs exemples du premier ou deuxième cas : l’histoire de la révolution française, l’histoire de l’Allemagne entre les deux guerres mondiales et avant Hitler, la révolution de février en Russie suivie de celle du Grand Octobre, la révolution mexicaine, l’hystérie de la peur rouge aux Etats-Unis, l’histoire de l’ANC en Afrique du Sud, l’apparition du parti communiste maoïste au Népal, l’apparition des indépendantistes du Tamil au Sri Lanka, les guerres civiles (cf. la guerre civile en Espagne), et de manière générale, les guerres anticolonialistes pour l’indépendance nationale. Dans tous ces cas particuliers, les ennemis sont appelés « terroristes », ou sont politiquement caractérisés par des labels faussement historiques comme « communistes », « fascistes », « islamistes » ou alors par des labels ethniques. Mais l’État également fait recours à des méthodes terroristes. La plupart du temps, les politiciens, et même les auteurs, affirment que le terrorisme tient quant à sa source d’un groupe de terroristes sans passé, dont l’origine reste obscure. Ignatieff attribue aux « terroristes » les politiques de raccourci (op. cit. p.6) qui entravent le dialogue, mais il voit mal l’État faisant de tels raccourcis et contribuant à une rébellion terroriste à travers la terreur d’Etat. Il ne pense pas que le vrai engagement dans « le renouvellement de la démocratie à l’extérieur » qu’il évoque comme moyen de contrer le terrorisme (p.155) puisse mener et mène effectivement à une escalade mondiale de la terreur et de la violence.

Nous allons à présent faire un peu de sémantique : les mots ne renvoient plus à ce qu’ils sont supposés vouloir dire. Une désémantisation politique générale n’est pas uniquement une partie de la nouvelle situation de terreur généralisée ; elle est son noyau et sa source.
La désémantisation produit la perte de l’imagination politique qui est cruciale pour la traduction ou pour les projets de traduction sociopolitique à travers la reconstruction du monde. La désémantisation est le signe ou le symptôme de l’existence du politique et de l’hétérogénéité réduite au silence et réprimée. Comme le montre Ernest Laclau, « le populisme » (lui-même comme un label attribué) peut être une mise en garde au sujet de l’existence du politique ; et un des instruments pour le maîtriser serait d’accuser les autres de « populisme », et ce faisant de les dépolitiser . Dans la situation que nous décrivons, l’État considère la menace comme un rival, il ne va pas la convertir en un adversaire avec lequel il pourra négocier ouvertement. Sinon, il ne changera pas l’antagonisme en agonisme (Chantal Mouffe). Ce rival est ethnicisé, nommé terroriste, et il est ainsi déshumanisé et dépolitisé ; ce qui légitimera l’usage de la violence extrême contre lui.

Robert Fisk a écrit au début de l’agression du Sud du Liban en 2006: « Terroriste, terroriste, terroriste. Il existe une perversité dans tout cela, le massacre et la destruction massive et cet usage constant et cancéreux qui va de soi, relevant du bon droit, du mot « terroriste ». Non, n’oublions pas que le Hizbollah a enfreint la loi internationale, traversé les frontières israéliennes et tué trois soldats israéliens, en a capturé deux autres et les a traînés en dehors frontières. C’est un acte impitoyable et calculé qui aurait dû ne jamais permettre au leader du Hizbollah, Hassan Nasrallah, de ricaner lors de sa conférence de presse. Cela a engendré une tragédie sans pareil pour les innombrables innocents du Liban. Et en plus, ça a poussé le Hizbollah à tirer 170 missiles Katioucha sur Israël.
Mais que se serait-il passé si le faible gouvernement libanais avait lancé des attaques aériennes sur Israël la dernière fois que les soldats israéliens avaient franchi les frontières du Liban ? Et si les forces aériennes libanaises avaient tué 73 civils israéliens dans des raids aériens sur Ashkelon, Tel-Aviv et sur la zone ouest de Jérusalem ? Et si un avion de guerre libanais avait bombardé l’aéroport de Ben Gourion ? Et si un avion libanais avait détruit 26 ponts routiers à travers Israël ? Est-ce que l’on n’appellerait pas cela « terrorisme » ? Je crois plutôt que si » .

De l’exception à la règle – à l’exception permanente : quand la solution devient problème (NB : mais l’exception ne mène pas nécessairement à une exception permanente)

L’inflation des mots. L’exception qui est devenue une règle , l’exception permanente ou l’urgence, est un autre visage de la terreur. Les exceptions permanentes sont des situations où la « solution » devient problème. Ignatieff a un point de vue très intéressant quant à la terreur d’État : « Les institutions devant lesquelles les exceptions doivent être justifiées ne sont pas seulement celles de l’État constitutionnel soumis à une attaque » ; en d’autres termes, nous devons prendre en considération la chose dans sa dimension internationale. Mais existe-t-il une démocratie dans les relations internationales ? Cela n’empêche pas la perte du sens (politique).
On pourrait avancer que la désémantisation est une condition qui va avec la nouvelle topographie de la terreur, maintenant déterritorialisée. Le programme expérimental des « transferts spéciaux » est en train de se propager et étendre son propos préventif et anticipatoire. Pas uniquement à grande échelle mais apparemment aussi dans des événements mineurs et isolés comme la criminalisation et la subséquente mort « accidentelle » de jeunes dans la banlieue française qui a déclenché les manifestations de novembre 2005 ; ou alors l’assassinat de sang-froid de Jean-Charles de Menezes, le 22 juillet 2005 dans le métro de Londres par des policiers qui l’ont pris pour un terroriste ! Il a été rapporté au Royaume-Uni, que les policiers impliqués dans cette affaire ne seront pas poursuivis en justice pour meurtre ou homicide. Un citoyen allemand, Khaled el Masri, a été « accidentellement » détenu en Macédoine à cause de son nom d’origine libanaise, puis il a été transporté en Afghanistan où il a été torturé, puis il a enfin été libéré en Albanie, et nul ne sera porté coupable, tout simplement parce que Condoleeza Rice a dit au Premier ministre allemand que « c’était une erreur ». Qu’est-ce que ça aurait pu être si ce n’était pas une « erreur », peut-on se demander ? Apparemment, comme dicté par la superpuissance qui donne maintenant le sens universel accepté par les petits « pouvoirs », cela aurait été juste si seulement Khaled el Masri avait été la bonne personne qu’on recherchait et non pas un homonyme d’être arrêté dans un troisième pays, transporté dans un quatrième, torturé par des agents inconnus et puis libéré dans un cinquième pays ; tout cela en dehors de tout système légal national ou international. Quelle est la signification de « accidentel », « erreur », « ce n’est pas grave », et par la même occasion la signification de « la souveraineté des pays » sous ces nouvelles conditions ? Sans aucun doute, « la souveraineté » n’a plus le même sens. C’est ce que j’entends par désémantisation. La désémantisation générale garantit la rupture de la loi nationale aussi bien qu’internationale, et bien évidemment, elle l’entrave le plus longtemps possible. Cette pensée unique se positionne au-dessus de tout système légal national ou international qui aussi imparfait qu’il soit, pouvait au moins nous protéger de l’arbitraire des puissants. À la lumière de telles conditions, la souveraineté de l’État est exercée en dehors de la loi. L’un des plus grands risques du contre-terrorisme est sans doute qu’il mine les systèmes constitutionnels, l’autorité légale ainsi que la loi internationale .
Il faut tacher d’être vigilant par rapport à ce processus pernicieux et soigneusement monté de désémantisation du langage politique ordinaire que nous avons analysé pour d’autres exemples de l’histoire . Je ne parle pas ici de discours philosophique, bien qu’il n’y ait pas de doute que la désémantisation rampante va éventuellement affecter le langage théorique. Ce qui est alarmant, c’est qu’elle est à présent généralisée à travers le monde unipolaire, où il n’existe pas de souverainetés d’État alternatives ou compétitives, et par conséquent pas de signification alternative. Les sens dictés et les significations monosémiques sont le signe d’un monde au Sens Absolu. C’est la menace d’un nouveau type de totalitarisme planétaire, par lequel même l’histoire et le danger de l’ancienne unicité de pensée ont été oblitérés.
Le 13 août 2006, dans les informations diffusées sur la BBC et Euronews, en commémoration du 50ème anniversaire de la construction-démantèlement du mur de Berlin, il n’a pas été mentionné que des murs similaires ont poussé comme des champignons de par le monde et que le fait de les édifier engendre de plus en plus de morts. À présent, la souveraineté n’est qu’une, et elle se résume à l’arbitraire et au volontarisme autarcique.

Comment serait-il possible, dans ce silence assourdissant, de traduire ou écouter le langage de ceux qui subissent, à tout bout de champ, la violence du terrorisme ou de la terreur. Ils sont considérés comme muets et perdent la parole. Leurs requêtes politiques ne sont pas écoutées pour ce qu’ils sont et pour ce qu’ils sont supposés être. Ils doivent perdre la parole pour pouvoir être tués. Le langage (ou son entrave) est au coeur de la violence, c’est sa clé. C’est pourquoi, malheureusement, la violence n’est pas l’opposé de la culture. Mais le fait de créer une sphère publique d’échange de verbalisation et de négociation aide à neutraliser ou diminuer la violence physique . Certainement, la violence comme possibilité vient avant et de par le langage. Bien qu’elle garde la fluidité des sens, leur disponibilité et leur diversité, la polysémie du langage aide à diffuser la violence. L’invisibilité politique, dictée par l’État ou par le dominant, est aussi la condition de l’opprimé. Elle a un rapport direct avec le « terrorisme » et peut le produire. La distinction entre terrorisme et résistance est très mince et vague. Ceci se décide généralement a posteriori, quand le pouvoir a indirectement et localement pris forme. Il est important, dans ce genre de situation, de ne pas suivre le courant de la signification conventionnelle ou reçue et la définition donnée par l’institution politique ou par la police du langage politique. L’étude sur la violence politique que nous avons mentionnée (« SSR et NUPI projet de recherche sur la violence politique » Briefing sur la violence politique durable et la politique recommandée, op.cit.), sans être théorique ne répète pas les clichés des médias ou de la police sur le terrorisme. Elle tente de réhabiliter les valeurs et observations indépendantes. Comme dit Goran Fejić : « Malheureusement, voilà où nous en sommes, une simple description de la réalité apparaît maintenant comme un acte courageux et contre courrant » .

Dépolitiser pour nier l’aspect humain des personnes et leurs droits

On peut certainement voir le désespoir et l’horreur des kamikazes musulmans en Palestine et dans ce qu’on appelle le terrorisme international. Dans une interview, Salman Rushdie prétend que la « terreur est glamour » . Mais, mis à part le fait que la Palestine se révèle en situation de colonisation , tandis le terrorisme international apparaît dans un monde à présent unipolaire, il est nécessaire de voir de quelle façon tous deux sont réactifs et relationnels , et comment les avions-suicides kamikazes du 11 septembre ne frappaient pas de l’extérieur des Etats-Unis ou bien de l’Occident. Pour d’autres auteurs, ces attentats sont l’expression d’une bataille à l’intérieur de l’Islam . Sacrifier l’autre est toujours finalement sacrifier soi-même, parce que soi-même est fait de l’autre, des autres . Cela s’applique aux kamikazes, mais également aux pouvoirs politiques arrogants américains et occidentaux en général.
Dans un univers unipolaire, l’ennemi est partout, ce qui veut dire aussi « à l’intérieur ». Alors, ce n’est pas surprenant si Bush est incapable de définir l’ennemi ou les raisons de la guerre. La vraie « raison » religieuse serait le sacrifice paternel des Etats-Unis pour une humanité-enfant, les raisons économiques et politiques étant plus prosaïques et évidentes. L’Europe a fait un choix civilisationnel avec l’abolition de la peine capitale (un principe fondamental qui n’est cependant pas soutenu par les religions institutionnalisées) , avec l’Etat-providence à l’Ouest et le récent « maternage » étatique du socialisme (maintenant démoli) en Europe de l’Est. Hélas, les deux ont été discontinus, se sont érodés ou sont en train de l’être.
L’Europe allait faire un autre choix qu’elle avait hélas abandonné : accueillir les étrangers en instituant l’asile politique. Mais l’Europe ne sera capable d’exécuter ce choix civilisationnel (sans compter les options politiques ou économiques où malheureusement elle n’a pris aucune initiative) que si elle parvient à achever le processus de décolonisation et à tirer les leçons de 1989.
Une question philosophique et ontologique se pose à travers cette « dépolitisation politique », c’est celle de la valeur de la vie humaine. Que ce soit durant les décennies passées en ex-Yougoslavie, hier en France, ou aujourd’hui avec la nouvelle crise en Asie Occidentale ou au Nord-Est de l’Afrique , de telles dépolitisations ont été expérimentées par de nombreuses sociétés. En de pareilles occasions, nous voyons venir le vide aussi bien que la menace d’une palanka ou d’un esprit de bourg , qui pourrait être compris comme disgrâce inter textuellement lu dans Disgrâce de Coetzee . C’est le néant d’un désir spectral impossible à satisfaire et, par conséquent, potentiellement violent. C’est essentiellement la caractéristique de transitions, des projets sociaux changeants, ou le seuil de ces transformations possibles qui sont si infiniment multipliables qu’elles n’arrivent pas à leur terme. L’esprit de bourg (palanka) n’est évidemment pas un esprit de clocher (provincialisme) qui est clos, cohérent en lui-même et ne porte pas de contradictions. Il existe dans l’esprit de bourg récemment apparu, du provincialisme, et des rêves de grandeur ; on y trouve le fatalisme de « l’inévitable » violence, et le mépris de la vie de l’autre, et l’espoir hautin et arrogant que tout est permis « par » en haut ».

Il est possible d’étudier le rapport particulier entre le langage et l’hégémonie qu’il sert, et entre un langage et les niveaux de pouvoir, entre le langage et l’imaginaire national, comme par exemple entre la langue française et « l’ego national ». Cette étude est en voie de se faire, mais cela n’est pas notre propos ici. Nous allons simplement mettre le doigt sur l’enjeu. Dans certains contextes historiques, il est difficile de considérer sa propre langue comme provincial(isée) : comme c’est le cas du Français de nos jours. La provincialisation de la langue se produit dans les langues « évoluées » aussi bien qu’« archaïques » (« high » language and « low » language). Elle transpire peu à peu de l’une à l’autre. C’est un problème de réception où, de nos jours, le jargon sociologique, le vocabulaire politique et le langage commun se rejoignent dans leur surdité envers ce qui est articulé avec hésitation ou difficilement, parce que n’ayant pas de langage. Ne pas écouter ce qui a été dit en dehors du courant principal, ou l’entendre uniquement comme un cri mal articulé, comme la violence et la folie, est une violence épistémique et historique qui pourrait être individuellement indépendante de notre volonté. Cela dans un temps et un contexte déterminés. La violence réside dans la non-reconnaissance de la dimension politique de la révolte, et dans la surdité à son langage ; ici même réside la rupture.
Existe-t-il une révolte non politique ? À la télévision française, durant les manifestations de la banlieue en 2005, on ne nous a pas montré la résistance politique des manifestants, mais uniquement leur violence « aveugle » et « insensée ». Par contre, un observateur politique attentif pourra à travers les textes et événements sociaux contourner le problème et se demander non pas si « leur » langage avait un sens mais si « notre » univers avait un sens pour eux. La violence réside dans la manière de voir et entendre, dont la réponse est une contre violence que nous ne voyons pas car nous ne voyons pas sa dimension relationnelle et réceptive.
R. Konstantinović a travaillé sur des questions similaires de langage dans un contexte précédant notre temps qui est maintenant étiqueté comme postcolonial. C’était également un espace géographiquement déplacé en comparaison avec ce dernier, et l’anticipant en quelque sorte. C’était en rapport avec la modernité (ou le moment de sa défaillance partielle, une affaire d’appréciation ), supposée être politiquement caractérisée par la justice impersonnelle, l’autonomie- souveraineté, ou bien par les régulations contractuelles des relations entre individu(s) et collectivités.

Le trait que nous devons essayer de comprendre dans nombre de ces exemples est la défaite. Le dilemme est mis en acte dans le partage de la raison opéré à travers les divisions de raisons qui séparent les raisons des uns de celles des autres. La modernité nous permet aussi de voir la profondeur abyssale de l’ontologique et constituante violence. Ainsi, le conflit semble être constitutif et impossible à éliminer (ce qui ne veut pas dire : inévitable !), coïncidant avec le politique. Il est inhérent dans le positif aussi bien que dans le négatif, et autant dans la construction que dans la destruction. La discrimination ou l’inégalité qui apparaît à travers la démocratie et la modernité n’est pas ici explicitement ou ouvertement, mais invisiblement couverte par l’idéologie universaliste. « L’exception » qu’ils représentent ainsi, même en démocratie, ne contredit pas l’universalité parce qu’elle n’apparaît pas au même niveau de publicité. Mais il n’y a pas de doute que la discrimination et l’inégalité sont constitutives, bien que (et parce que) inavouables.
Nous devons identifier les discontinuités qui font bon gré mal gré une continuité, ainsi que les ratures constituant (une) mémoire. L’histoire reçue aime voir le passé menant comme inévitablement à un triomphe de la configuration du pouvoir en place, avec la victoire du présent dominant comme inévitable et comme étant le résultat d’une logique non conflictuelle. Les désaccords ont été rétrospectivement camouflés, les voix vouées au silence, et les conflits oubliés. Pourtant les sociétés et les politiques des États sont formées par ces conflits et à travers la façon dont elles furent négociées, incluant ces violentes ratures, présentées plus tard comme marginales. C’est le politique lui-même . En vérité le conflit possible apparaît « avant » toute politique ; en fait, il est toujours présent comme une possibilité, bien que cela ne soit pas une fatalité. Il réside dans le fait qu’il existe toujours une injustice ou une égalité qui a besoin d’être mise en ordre . L’injustice du passé est réitérée et renforcée par la légitimation subséquente de la répression du point de vue de l’histoire reçue .

À propos de la perte de sens dans le langage, Avraham Oz a signalé, après que l’armée israélienne eut ciblé Gaza, avant qu’elle ne bombarde le Liban encore une fois sous le prétexte de chercher des soldats kidnappés, l’un d’entre eux à Gaza et les deux autres au Sud du Liban :
« Je suis stupéfait de voir mon propre gouvernement dépasser toutes les limites dans une tentative de répondre aux cris de guerre les plus insensés venant d’une catégorie marginale et lunatique du peuple israélien, perdant toute capacité de l’usage du sens commun, renonçant à toute croyance en des mots représentant la vérité, et ayant recours frénétiquement à la violence, au châtiment, et à la punition collective d’une population civile. Mise à part la face démoniaque de la chose, je suis étonné par l’absence de réflexion et la stupidité de ces mouvements effrontés, comme s’ils pouvaient prouver n’importe quoi, mais qui restent contreproductifs. Israël suit avec dévouement le chemin des mentors de notre Cabinet Oval comme si elle n’avait tiré aucune leçon de leurs fiascos au Moyen-Orient, sans compter l’aventure pathétique de l’invasion israélienne du Liban en 1982.
À la veille de la triste représentation de la réalité par Harold Pinter, je me demande bien comment le langage a-t-il fait faillite, dans un délire insensé de passion ? Les négociations sont écartées et le langage est mobilisé au service d’une guerre brutale et irrationnelle, détruisant la vie pour être arrivée à une conséquence bien trop connue en avance, c’est-à-dire ce qui aurait pu être obtenu par l’échange de paroles véridiques plutôt que des bombes et missiles. Une fois que mon pays a opté pour un langage de force, même en pratiquant un désengagement unilatéral, il doit savoir qu’il devra faire face aux risques de défaite de ses actions faillibles.
À présent, c’est aux gens de l’art et aux académiciens de mon pays de porter le flambeau du vrai pouvoir des mots. Face au vide du double langage qui se cache derrière des bombes et des missiles, c’est maintenant un signal pour moi et mes collègues académiciens de mettre en pratique le trésor que nous gardons : le langage, essentiellement les mots chargés de vérité, pour les substituer à l’effusion de sang. Certainement, il y en a qui le font. Mais ils représentent une minorité ; et ils finissent par devenir des parias et des mégots de l’établissement académique, et ses troupeaux de moutons timides s’échappent de l’urgence vers des bulles de fausse et stérile rationalisation. Les administrations académiques qui résistent à la nécessité de faire connaître le langage de l’autre, qui refusent le langage des jeunes ou bien déracinent toute tentative de créer un espace bilingue qui pourrait atteindre les autres avec leur propre langage, continueront à employer leurs mots à sens unilatéral au lieu de libérer la vérité. Toute personne qui affirme garder la vérité par le langage, qui ne condamne pas la violence, est en train de trahir la vocation académique. Je lance un appel à mes collègues académiciens pour combattre ces mensonges de paroles par la force des mots justes : en public, pas uniquement derrière des portes closes. C’est notre arme unique, mais elle sera efficace. Comme il est connu de tous, il y aura un prix cher à payer » (Les italiques sont de R. Iveković).

Avraham Oz ajoute :
« Nombre d’académiciens et de commentateurs ont écrit des articles clairvoyants contextualisant consciencieusement les récits qu’on a eus de l’hégémonie et de ses interprètes appointés. D’autres les ont passés aux chaînes de télévision, les transformant en talk shows présentant « l’opposition à la guerre » comme une rare curiosité, affirmant le bien-fondé de la démocratie israélienne ».

Inverser le sens et changer d’échelle

Ce que je viens de dire jusque-là pourrait être considéré comme une série de descriptions standard du « terrorisme » ou des « terroristes » comme on les désignait autrefois. Mais depuis les attaques spectaculaires du 11 septembre 2001 contre des cibles aux Etats-Unis, la situation touchant à toute sorte de « terrorisme » qui pourrait être lié à l’Islam dans les faits ou par un débordement d’imagination, prise comme prétexte, a changé son échelle aussi bien que son cadre sémantique. Le contexte le plus proche de ces attaques, bien sûr, est la fin de la Guerre froide et de la confrontation planétaire Est-ouest, Communisme-Capitalisme. Cela converge avec les effets du (post)colonialisme et de la mondialisation : on peut généralement appeler cela transition. Cette dernière exige une traduction des conditions politiques et de leurs différents niveaux. Selon Stubbs et Lendvai qui voient la réforme sociale comme une traduction (mais en vérité, plus que la réforme sociale pourrait être inséré dans ce cadre), « [notre] tentative de mettre l’accent théorique sur la traduction, les zones de contact, et le rôle des consultants, suggère que les réformes sociales ne sont pas un processus simple ou réductible à des structures discursives ; c’est plutôt de processus de production de savoirs complexes, multiples et fluides, d’un façonnement de sens et de demande sociale qu’il s’agit. Au lieu de voir la réforme traitée comme l’adaptation et le déplacement vers différents (et maintenant universels) types de régimes sociaux (welfare régimes), lancés par des acteurs étatiques et non gouvernementaux de la politique institutionnalisée, nous privilégions une vue des réformes sociales en tant que processus interactif, intensif et liminal .
Tel pourrait être une description plus générale et consensuelle des transitions en cours dans une planète mondialisée à laquelle appartiennent les guerres, le terrorisme, la menace de l’intervention et la mise en application forcée de « la démocratie » à d’autres pays auxquels. Mais alors « la traduction » comprend aussi le non traduit et pose la question de l’(in)traductibilité .
Il existe maintenant une nouvelle caractéristique de ce qui a été étiqueté comme le terrorisme mondial (global), et qui vient en sixième position de la liste arbitraire d’Ignatieff. Partant d’une position d’autorité extérieure, il écrit : « Le terrorisme mondial ne vise pas à la libération d’un groupe particulier, mais il cherche plutôt la perte et l’humiliation d’une autorité mondiale » (op.cit. p.83). Le mot-clé ici est « mondial », mais Ignatieff n’y réfléchit pas cela : si le terrorisme mondial est une réponse à/une attaque de l’autorité mondiale, alors le contexte commun (mondial), l’interdépendance et la relation des deux sont, par inadvertance, reconnus. Puis, il admet que « les États peuvent être coupables d’actes de terreur, mais cela serait faux de les comparer aux actes des terroristes » (op. cit., p. 109). Toutefois, le problème ne réside pas dans le fait de comparer les États aux terroristes ; ils ne sont pas et ne peuvent pas être mis sur le même plan. Le vrai problème qui intrigue Ignatieff et d’autres penseurs de son rang concerne le terrain commun où terreur d’État et groupes terroristes apparaissent comme inséparables. On appelle cela le politique. C’est dans les conditions sociales du politique qu’apparaissent la désémantisation et la dépolitisation comme méthodes de délégitimation. Elles subordonnent, et si possible excluent, ceux qui ne sont pas au pouvoir. Quand il s’agira de menace ou de violence, quelques-uns d’entre eux seront étiquetées terroristes, et le statut de terreur et de terrorisme sera attribué aux groupes non étatiques, à ceux qui ne sont pas au pouvoir ou qui ne sont pas liés au pouvoir dirigeant de l’hégémonie.

Cependant, pour comprendre les origines des processus mondiaux complexes, il ne faudra pas décrire ces acteurs comme préexistant à leur engagement. En nommant les terroristes, on les prédéfinit comme étant antérieurs à leur intégration dans ces processus. Les terroristes ne préexistent pas au terrorisme. La mondialisation du terrorisme n’est pas nécessairement ou uniquement accomplie par le biais de réseaux ou groupes d’insurgés, ou bien par ceux qui commettent ces actes, elle se fait aussi à travers les réseaux de renseignement internationaux, la coopération des États et les lois sur la sécurité, par la contre insurrection et l’anti-terrorisme.
Ce sont les Etats-Unis qui prennent le relais de ces actions. Ils anticipent et créent l’unité du « terrorisme mondial », renommé maintenant « terreur » . Il existe à présent des espaces de sécurité nationale internationale et même mondiale, tous interconnectés. L’État répond naturellement par la création d’un tel espace privilégié qui déploie des stratégies militaires aussi bien que politiques. Les différentes politiques contre la propagation de la terreur s’appuient sur un État et une superpuissance placée au sommet. Ils « déterritorialisent » et externalisent ainsi leurs activités en les remettant à d’autres agences impossibles à localiser et qui ne sont plus définies sur une base étatique territoriale. Les groupes ciblés, et bien évidemment toute la population, sont eux-mêmes considérés comme une entité transnationale, vaguement définis par des caractéristiques religieuses, ethniques et raciales. Le « terrorisme » au profit d’une cause ou de la vérité répond cependant aussi à une logique locale et réactive, et n’est pas reconnu au sein du système opposé auquel il réagit .
C’est un dialogue de sourds, car les deux discours ne sont pas au même niveau . Mais selon Ferguson et Gupta, « il est nécessaire de traiter le gouvernement de l’État et du non-Etat dans un cadre commun ».

Malgré toutes les qualifications politiques
« Souvent, la majorité de ceux qui déploient des méthodes terroristes sont « normaux », et ont appris à se considérer comme des soldats (…) Ils ont leurs propres circonscriptions électorales à travers lesquelles ils cherchent légitimation et contrôle (…) L’association entre religion et violence terroriste est souvent exagérée (…) La reconstitution constitutionnelle du régime, ou l’engagement dans les propres constitutions des insurgés, pourraient aider à mettre fin au conflit (…) Les dispositifs légaux d’urgence pourraient contribuer à arrêter d’éventuelles formations ou organisations d’insurgés, mais à la longue, ils finissent par porter atteinte aux Droits de l’homme qui sont normalement protégés par les gouvernements démocratiques (…) La répression, qui est un acte immoral et qui peut nuire à la démocratie, est utile uniquement sous certaines conditions ». La répression ciblée et sélective endommage les organisations insurgées, mais les gouvernements organisent rarement une répression ciblée et sélective. La répression est plus efficace si les insurgés se sont discrédités aux yeux de ceux qui les constituent. « L’incarcération massive crée  » des universités insurgées », les emprisonnements dispersés perturbent l’organisation des insurgés, mais entravent aussi toute possibilité de négociation avec eux (…) Les gouvernements et les insurgés finissent par négocier, bien qu’ils n’arrêtent pas de dire qu’ils ne le feront pas (…) La démocratie n’est pas une panacée pour le terrorisme ; la démocratisation peut encourager les insurgés ; et la démocratie ne suffit pas toujours pour régler les controverses nationales, ethniques ou religieuses (…) ». Dans la plupart des cas, les facteurs internationaux jouent un rôle relativement mineur, comme protagonistes ou bien victimes ou encore comme inhibiteurs de violence. Mais les rôles constructifs des gouvernements étrangers et des organisations internationales ont bien montré leur utilité (…) La plupart des politiques mises en place de par le monde pour s’opposer à la violence politique peuvent finalement s’avérer contreproductives. Elles stimulent le radicalisme plutôt qu’elles ne le contiennent ; elles légitiment la violence plutôt qu’elles ne la discréditent (…) En général, il faudra compter plusieurs années d’échec pour que les gouvernements n’en arrivent à la conviction que les tactiques répressives doivent subir une sélection rigoureuse et extrêmement contrôlée. Il existe des régimes qui n’arrivent jamais à saisir cela » .

La difficulté de la définition. L’usage de la peur

Passons maintenant aux définitions de la terreur. « Les pionniers du libéralisme considéraient que la terreur était une fonction légitime attribuée à l’État ». Les philosophes des Lumières accusaient la monarchie de régner par la terreur. Finalement, ce fut la chute ou bien l’échec démocratique de la Révolution française qui, en divisant la nation, a constitué le moment de l’histoire plus connu sous le nom de « l’âge de la terreur » (entre autres âges et parmi tant de types de terreur) . Le peuple devait être gouverné par la raison, et l’ennemi à travers la terreur . Le terrorisme et la raison sont opposés, bien qu’ils fassent partie du même système, et leur interdépendance ne doit pas être négligée.
L’État perpétrait le terrorisme contre sa propre population, ce qui était traditionnellement connu sous le nom de « terreur » : « Le terrorisme d’État représente plus spécifiquement les actes violents de coercition exercés par le gouvernement d’un État » . Il commence par terroriser le peuple en semant la peur qui, à son tour, produit une homogénéisation nationale, religieuse et autre. La peur pour la vie, sans aucune haine intrinsèque de l’autre, est un déclencheur de violence . Certains auteurs trouvent que l’État de terreur et le terrorisme diffusé par les groupes armés forment une unique entité. Robert E. Goodin considère que le terrorisme et la terreur de l’État sont aussi mauvais l’un que l’autre parce qu’ils sapent la démocratie . Bien qu’il ait un jugement plutôt atténué quant au terrorisme (p.3), il ne s’intéresse pas à l’inextricable relation causale entre les deux dans les sociétés, à leur construction commune et interdépendante ou à leur valeur morale, avec leurs effets sur les démocraties considérées comme pures. Il ne voit pas la terreur et le terrorisme, comme nous les voyons, en tant que quelque chose qui se produit uniquement dans les démocraties à cause d’une inadéquation inhérente à et d’une incomplétude de cette dernière. Après tout, « les démocraties réellement existantes » ne sont pas une garantie pour la démocratie politique, économique et sociale, et la démocratie est toujours incomplète, subordonnant ou excluant toujours quelqu’un. « L’exception » sur laquelle se basent le terrorisme et la terreur se trouve déjà dans le concept même de la démocratie, du moins comme une éventualité . L’exception , c’est-à-dire les actes terroristes ne contredisent pas la démocratie en tant que telle. L’exception ne peut même pas être éradiquée. Il faut aussi faire attention à ce qu’elle ne devienne pas permanente et ne se contredise pas. Les auteurs qui donnent un jugement définitif sur le terrorisme sont ceux qui n’ont jamais considéré son contexte complexe – qui est la démocratie. De même ils ne mettent pas la démocratie en question.

Sans surprise, Bush a appelé de manière générale « Guerre contre la terreur » l’intervention militaire en Afghanistan et en Irak, la violence par procuration en Palestine ou au Liban, ses projets pour un « Grand Moyen-Orient », de même que le maintient d’endroits comme Guantanamo. Tout cela sous le label d’une prétendue approbation et d’un soutien de la part de la communauté internationale (par la contrainte et une pression sur l’ONU, par l’OTAN etc.) à une guerre supposée juste et défensive contre « le Mal » ; ce par quoi beaucoup d’Etats ainsi que les Nations Unies ont été amenés à faire des compromis. Bush tient un discours très complexe sur la terreur, basé sur l’idéologie de « la nation élue » ; d’où l’inébranlable support pour Israël.
Trois éléments sont constants dans cette idéologie .
1. L’idée que les Etats-Unis sont la nation choisie par Dieu.
2. Les Etats-Unis ont « une mission » ou « un appel » à transformer le monde.
3. En accomplissant cette mission, les Etats-Unis représentent les forces du bien contre le mal .
La mythologie de la nation choisie, incluse dans la stratégie de la néo-bipolarisation54, est justifiée par une particularité de l’histoire des Etats-Unis : le fait que, après la guerre civile entre les sécessionnistes du Sud et les États de l’Union au Nord, la condition pour une intégration au sein de la nation représentait une concession colossale pour le Sud esclavagiste. La ségrégation légale isolant la population noire a été imposée dans l’union entière comme prix « de la réconciliation nationale » ; elle a séparé des mémoires conflictuelles, des destins politiques et des cultures pour les temps à venir. Ceci a été fait en contradiction totale avec les intentions des amendements constitutionnels qui allaient être adoptés par la suite, mais cela a également été fait dans le but d’effacer les raisons qui ont mené à une guerre civile pour l’émancipation. Le destin de la population autochtone en allait de même. Avec tout cet oubli à la base, la narration nationale construit la continuité de la nation (les Etats-Unis), la continuité de la soi-disant « résistance » internationale contre la terreur et tout ce qui est en relation avec cette dernière – y compris toutes sortes de dispositions qualifiées de « moindre mal » comme les guerres préventives et les guerres par anticipation, les détentions illégales et les divers actes terroristes.
Cette narration se cache derrière un discours moral. Le « système social » moralement pertinent n’est absolument pas le système qui existait ou existe actuellement dans les pays visés qui, d’ailleurs, a été en grande partie détruit par les événements, mais plutôt « le notre », de même que celui imaginé par nous pour eux. C’est également une communauté imaginée d’États nationaux moraux . Des attaques terroristes plus ou moins isolées quel que soit leur caractère disproportionné, liées entre elles principalement, bien que pas exclusivement, par le nouveau contre-terrorisme occidental international lui-même, ont été construites en un système mondial. Dans le même temps, l’aspect systémique du contre-terrorisme mené par les Etats-Unis et son langage monosémique sont éludés. Pendant plusieurs années maintenant, depuis les attaques sur les tours jumelles du World Trade Center et sur le Pentagone, le président des Etats-Unis G.W. Bush s’est attelé à transformer le vocabulaire traditionnel en rapport avec la « terreur » et le « terrorisme » par une inversion du sens, en appelant le terrorisme « terreur », et en attribuant systématiquement les deux concepts à l’autre, au rival, à l’ennemi irréductible, identifié en tant que « Al Qaeda », mais accompagné d’une image générale qui serait « l’Islam ».
De manière caractéristique, depuis lors, « terror/ism » et sécurité en tant que thèmes ont globalement dominé le discours politique international : « Il n’y a pas de terrain neutre – aucun terrain neutre – dans le combat entre la civilisation et la terreur, parce qu’il n’y a aucun terrain neutre entre le bien et le mal, la liberté et l’esclavage, la vie et mort ». Dans le même discours, il dit un peu plus loin : « Nous représentons 84 pays unis contre un danger commun, et associés à un but commun » . Juste quelques jours après les attaques de 2001 et la première confusion qui s’en est suivie, il s’est adressé à la nation avec ces mots, et son vocabulaire n’a pas changé : « Al Qaeda représente pour la terreur ce que représente la Mafia pour le crime. Mais son but n’est pas de faire de l’argent ; son but est de refaire le monde – et d’imposer partout ses croyances radicales aux gens (…) Il existe des milliers de ces terroristes dans plus de 60 pays. Ils sont recrutés de leurs propres pays et voisinages et amenés aux camps dans des endroits comme l’Afghanistan, où ils sont formés dans la tactique de la terreur. Ils sont envoyés de nouveau dans leurs pays ou envoyés pour se cacher partout dans le monde pour faire des projets de mal et la destruction (…) Notre guerre contre la terreur commence par Al Qaeda, mais elle n’en finit pas là. Elle ne finira pas jusqu’à ce que chaque groupe de terroristes ayant des ramifications mondiales ait été trouvé, arrêté et vaincu (applaudissements) (…) Nous allons déployer toutes nos forces – tous les moyens diplomatiques, chaque service de renseignement, chaque instrument d’application de la loi, chaque influence financière, et chaque arme de guerre nécessaire – pour la destruction et la mise en déroute du réseau mondial de terreur (…) Et enfin, continuez s’il vous plaît à prier pour les victimes de la terreur et leurs familles, pour ceux qui sont en uniforme, et pour notre grand pays. La prière nous a soulagés dans la douleur, et aidera à nous renforcer pour ce qui vient (…) Nous allons ensemble donner à l’application des lois les outils supplémentaires dont elle a besoin pour dépister la terreur, ici même, dans notre pays (applaudissements). Nous allons nous entraider pour renforcer nos capacités d’intelligence (de renseignement), pour dévoiler les plans des terroristes avant qu’ils n’agissent, et les trouver avant qu’ils ne frappent (applaudissements) (…) Certains parlent d’un âge de la terreur. Je sais que bien des luttes nous attendent, et des dangers auxquels nous devrons faire face. Mais ce pays définira notre temps, et il ne sera pas défini par eux. Aussi longtemps que les Etats-Unis d’Amérique seront déterminés et forts, ce ne sera pas un âge de la terreur ; ce sera un âge de liberté, ici et à travers le monde (applaudissements) . Ainsi, la « terreur » n’est pas, pour Bush, quelque chose relevant du sommet de l’État ou d’une telle instance. L’État, dans le cas des Etats-Unis dominants de Bush, c’est « nous » : « nous allons nous unir », etc. La position de la domination, en effet, est clairement celle « qui définit mais ne sera pas définie » . Elle est en relation avec le langage et la puissance, aussi bien qu’avec la puissance à travers le langage. Dans ce cas-ci, le positionnement du dominant décide si c’est un moment de la terreur ou pas. Selon Bush, ce que « nous » pratiquons ne s’appellera pas la terreur, seulement ce que les « autres » pratiquent s’appellera terreur et terrorisme. Il a certainement une politique du langage. Il est soutenu dans ses opinions par tout l’appareil, ainsi que par des « pensées » appelés « doctrines », telles que celle de Dick Cheney, selon laquelle même s’il y a 1 % de chances que « notre » suspicion corresponde à la vérité, il est obligatoire d’agir et aller au-devant .

Le besoin d’un sens politique polysémique, d’une traduction permanente et d’une imagination politique

Il s’agit d’un « sacrifice » pour « bien » mondial général de la planète, pour lequel les Etats-Unis conservateurs croient avoir la clé, ainsi que pour toute la sphère culturelle et symbolique. Bien que cela puisse ne pas être nécessairement perçu comme tel, ce « sacrifice » fait également partie d’une économie d’efficacité de plus en plus prépondérante dans la production et la reproduction du système capitaliste au sens large. Cela implique tout depuis un savoir « spécial », pratiquement mystique, jusqu’à aller en guerre. Zygmunt Bauman l’appelle modernité fluide : c’est la condition où l’activité cognitive elle-même devient un moyen de production, et où il y a une conversion entre une pauvreté de plus en plus persistante et des partitions/intégrations (ces dernières le revers de la médaille l’une pour l’autre), et ceci également dans le sens comment les guerres et partitions son proposées comme solutions de conflits qui auraient plutôt besoin de traduction – et donc de langage. Nous pouvons observer dans la plupart des cas d’intervention violente contre la « terreur » ou le « terrorisme » que la « solution », à différents degrés, devient elle-même un problème : cela peut mener à de nouveaux conflits armés.
La tendance néo-conservative généralisée, loin d’être seulement limitée aux Etats-Unis, va également dans cette direction . Il y a des sous-produits : des gens qui ne servent à rien, qui n’ont aucune connaissance convertible en capital et ne sont pas efficaces au combat. D’ailleurs, le rapport de la connaissance avec l’État (nation) , avec « la sécurité nationale » et également avec les ambitions politiques et économiques mondiales ne devrait pas être oublié. La perte générale de l’universel, ou son dévoiement depuis 1989, semble se diriger vers la recherche d’une nouvelle totalité – incluse dans et à travers le langage – par l’intermédiaire de tentatives tels les élargissements d’ensembles régionaux et les intégrations régionales tout autant que par la constitution de nouveaux mini États nationaux. Le démantèlement des États s’avère être un processus de renversement parallèle et complémentaire, pour la reconstruction des nations ou pour la constitution de plus grandes entités géopolitiques.
Il serait inutile de citer d’autre discours de Bush. Non seulement les États, mais aussi la parole, et le discours politique, peuvent être terroristes, inciter à l’être et produire la violence et le terrorisme. Ces discours sont chargés de menaces (faire référence à d’autres menaces peut être une menace, particulièrement si elles sont inventées), caractérisées par un cadre dichotomisé, trop simplifié (le bien-le mal, nous-ils, juste-faux, liberté-terreur, vérité-mensonge), par une logique binaire, par le fait de se proclamer justicier, de postuler « une vérité absolue » comme « nos » dons de Dieu. Si « nous » avons raison et si nous sommes justes, alors « nous » menons une guerre juste, une guerre définie en tant que juste à l’avance ; ou, avec une nuance, il y a des guerres qui sont justes par définition, parce que leur cause est « juste » . Leur langage, ainsi que celui qu’emploient les puissants politiciens, est un langage fait de préceptes, de commandements, celui de la seule et unique vérité. Un langage totalitaire.
Un langage totalitaire dans une démocratie a des caractéristiques spécifiques (et les Etats-Unis sont néanmoins une démocratie, dans le sens minimaliste du terme – parce qu’ils peuvent encore être critiqués de l’intérieur. L’espace démocratique rétrécit d’un côté, mais il s’agrandit de l’autre, avec des populations et des espaces publics séparant ainsi et divisant la nation et la société). Il est associé à la puissance avec pour ambition de devenir absolu et, de nos jours, mondial. Il a une propension à se propager par une désémantisation globale ravageante progressive. La signification des mots est retournée ou est diluée et perdue. Le sens de beaucoup de termes a été dévié pour exprimer exactement l’opposé de ce qu’ils signifiaient auparavant, particulièrement des termes politiques tels que la « démocratie » ou la « liberté », la « paix » ou la « guerre ». Un système duel de valeurs réduit est installé pour ce faire. Toute la scène politique nationale et internationale est mise sous la poignée des néo conservateurs. La terreur aussi bien que le terrorisme, et traditionnellement la répression de l’État, minent en général la signification et la compréhension. Le fait d’avoir une ou plusieurs langues en commun, mais en même temps de laisser la porte ouverte à la traduction, à la transformation et à la transition, est essentiel aux sociétés démocratiques. Il évite de faire de l’urgence une façon de vivre permanente. Il faut qu’il y ait une disponibilité constante pour la traduction sociale et politique.
Ironiquement, la plupart de ce qui a été imputé par le passé aux communistes, au bloc soviétique et aux autres pays socialistes en termes de faux langage politique, est maintenant adopté par le discours de l’administration américaine ; et il en va de même pour le langage entre Républicains et Démocrates. Un pays tel que les Etats-Unis faisant la guerre avec ses alliés, un État gardant Guantanamo ou arrêtant illégalement et transférant des personnes pour subir les affres des interrogatoires et des tortures, faisant une guerre dans le monde entier et en plus se mettant au-dessus de la loi internationale, peut maintenant « représenter » la paix et un modèle de démocratie ; alors que des résistants qui combattent pour sauver leurs vies ou pour la liberté, contre la colonisation, contre des ségrégations, ou bien éloignés brutalement de leurs pays à travers des migrations forcées, sont qualifiés de terroristes.
La construction de la démocratie et sa promotion sont de plus en plus difficiles à distinguer de l’intervention militaire et de l’occupation, alors que le renforcement de la sécurité partout va à l’encontre de la justice, des libertés individuelles, de la souveraineté des États et de la démocratie.
Ce glissement dans le langage n’est pas uniquement une caractéristique du soi-disant contexte américain, mais aussi celle de l’arrogance de beaucoup de structures et États puissants de l’Occident aussi bien que d’ailleurs. Il concerne également une création plus générale des terroristes par les pays riches à travers la criminalisation et le racisme, l’ethnicisation de la résistance et de la migration et, plus simplement, par la criminalisation de leurs propres citoyens, surtout des plus pauvres et défavorisés. Ceci n’empêche pas le fait que tous les systèmes juridiques sont établis sur l’exclusion . Il faut évaluer et « civiliser » (E. Balibar) la manière dont ceci est fait ainsi que ceux qui le font. « Le langage des droits sera-t-il donc suffisant pour faire face à une telle situation ? » se demande R. Samaddar. La réponse est « non » en accord avec ce dernier, mais avec une différence : naturellement, le langage des droits ne suffira pas, mais pas parce que n’importe quel autre langage moral ou langage de la justice pourrait faire mieux ! Plutôt, le langage des droits sera insuffisant de la même manière qu’aucun langage quel qu’il soit ne donne de garantie. C’est le cas parce qu’aucun langage ne peut échapper au binaire et à ses instruments de pensée, et aucun langage ne peut être une caution contre la désémantisation.
Il est donc essentiel de maintenir les dichotomies ouvertes. Il n’y a aucune délivrance permanente garantie par le discours ou le langage, parce qu’une politique du langage (« droits », « justice », « morale » etc.) existe nécessairement déjà dans tout langage. La politisation peut être un outil contre la violence aveugle, mais hélas non une garantie, parce que la désémantisation fonctionne même à travers des objectifs nobles tels que la moralité, étant donné que le politique est « antérieur » au langage.
Ranabir Samaddar écrit : « Il faut qu’il y ait une transformation des droits en justice, de la loi en moralité, de la communauté en société politique, et de l’exclusion en réconciliation » (ibid.). Tout cela est très bien et important, et je ne pourrais pas ne pas être d’accord avec les deux derniers éléments ; mais ce n’est pas suffisant, tant que cela reste dans le royaume du « si » et du « doit être ». Le recours à la moralité ne sera pas d’une grande aide, et d’ailleurs c’est ce que Bush fait à merveille. Le dialogue lui-même ne garantit rien, parce qu’il y a une politique (souvent invisible) du dialogue qui le précède.
Ce que nous devons pouvoir imaginer faire, ce n’est pas comment atteindre un certain idéal et hélas un état illusoire de réconciliation, mais comment vivre dans et avec l’incertitude et la modération. L’égalité doit être protégée du privilège qu’elle représente pour certains, et de l’injustice qu’elle apporte pour d’autres, à chaque étape concrète, et non seulement par principe. Cela a été appris des universalismes, qui s’associent trop facilement avec la puissance, mais qui ne peuvent être écartés néanmoins. Quand un universalisme est associé à la puissance, les promesses et espoirs universalistes sont trahis par l’idéologie. Il est naturellement beaucoup plus difficile de vivre avec une telle incertitude, parce qu’il n’y aura aucun résultat garanti dans la communauté réconciliée imaginée comme « système social approprié ». Nous devons faire sans.
En employant le mot « terreur » plutôt que « terrorisme » pour désigner la violence politique exercée par des « terroristes », en effaçant la différence significative entre ces deux termes, en oubliant la terreur exercée par l’Etat, on invente un terme générique indéterminé et un ennemi « absolu », finalement et fondamentalement un « pas-nous ». Un déplacement important dans la signification et dans la structure du monde est actionné. « L’ère de la terreur », qui a été attribuée à quelques États (États voyous), est à présent également perçue comme une menace transnationale, dérivée d’une idéologie islamiste (comme le communisme autrefois). Elle n’est cependant pas décrite comme concernant l’État en tant que tel. Cette déterritorialisation fait également partie du mode opératoire de la « terreur » et du « terrorisme ». Elle est élaborée comme fait global et instrumentalisée pour « légitimer » l’action contre le terrorisme. Les actes terroristes commis à présent dans une « ère de terreur » par des terroristes qui seront bientôt vaincus par « nous », visent l’État (« le nôtre »), aussi bien que la sécurité nationale et les valeurs (« les nôtres ») reconnues mondialement. Le(s) État(s), « les démocraties occidentales », « les civilisations » sont censés maintenant résister à « l’ère de la terreur » et aux attaques « terroristes » en grande partie exagérées. Le degré de puissance destructive occidentale disproportionné, militarisé et internationalisé « leur faisant face » est sous-évalué. La cause et le résultat sont inversés.
Pourtant, selon Lendvai et Stubbs , les cadres transnationaux déplacent les centres des approches orientées par l’État et défient clairement le « nationalisme méthodologique » de beaucoup de politiques étatiques. De tels contextes transnationaux déplacent également le centre du terrorisme. Tout comme, à une plus petite échelle, dans les guerres yougoslaves récentes , un discours accusant l’autre de violence a été utilisé comme excuse par anticipation et a rendu « légitime » une attaque préventive. « Notre » invasion sera de ce fait interprétée comme une légitime défense. C’est de cette façon que les mots précèdent les actions et que se réalise dans un acte performatif une sorte de prophétie auto accomplie. Et l’ordre mondial des États est mis face à la présence d’un réseau global de terroristes en même temps qu’on prétend l’en protéger. Mélanger et brouiller les significations du « terrorisme » et de la « terreur » atteint l’objectif de l’appropriation et de la maîtrise par le langage, et celui de l’inversion des sens. Tous les deux (terrorisme et terreur) sont projetés sur l’ennemi ; ils sont complètement privés d’un contexte ; ils n’ont aucune raison, aucune cause, aucune histoire, aucun aspect particulier ; ils sont inexplicables, irrationnels. Si le « terrorisme » pouvait être le résultat de la « terreur » décrétée par un État, un langage commun serait non seulement possible, mais on le présupposerait. Et c’est ce que le maître du langage n’admettra pas. Puisque la « terreur » et le « terrorisme » sont attribués à l’autre, l’État est dégagé de n’importe quel soupçon de produire des terroristes ; il s’approprie cependant la définition de tous les deux « le droit en guerre » (jus in bello) aussi bien que le « droit de faire la guerre » (jus ad bellum).

L’échelle nationale et internationale

La signification dépend du contexte. Comme le montre très justement et très pragmatiquement Goodin, la distinction et « la déconnection entre le jus in bello et le jus ad bellum semble juste, civilisée, quand il s’agit de l’application standard de la doctrine de la guerre juste aux guerres ordinaires et aux combattants ordinaires. Mais transposer la pensée de la guerre juste tout au long de ces lignes au cas du terrorisme semble mener pour le moins à des conclusions inconfortables » .
Le « terrorisme », maintenant appelé la « terreur » dans le langage de Bush, est néanmoins créé et maintenu par l’État et sa propre violence dans un processus de réciprocité déclarée. Celle-ci est, cependant, dommageable à long terme dans le sens d’une corrosion de la solidarité et de la confiance, : pour la société dans le sens de la corrosion de la solidarité et de la confiance, aussi bien que pour la politique, la législation et la construction de l’Etat. Les États jouent le jeu des terroristes quand ils limitent les libertés et les droits de l’homme, par une érosion générale de la stabilité sociale et un déficit global dans le développement de la paix dans le monde entier. Cette politique est donc dans l’intérêt des terroristes, et l’aspect le plus remarquable de leur comportement est qu’ils recherchent la provocation, par laquelle ils réorientent les efforts militaires, du renseignement et la sécurité des États en direction des populations elles-mêmes. Quelques États se conduisent également de cette façon. Les terroristes agissent en grande partie indirectement. Ainsi les effets indirects des terroristes, par le biais des États, aboutissent à l’effondrement social et politique. Beaucoup plus de personnes sont tuées par des guerres contre la terreur que par des terroristes. Ces derniers tuent des individus (bien qu’ils soient nombreux), mais la réaction exagérée des États, combinée avec les effets de serre, les désastres naturels causés par l’homme, la mauvaise gestion de la politique pharmaceutique, la famine et les migrations à grande échelle dues à celle-ci, les chassés-croisés du post-colonialisme et des guerres, causent la mort de beaucoup plus de personnes. C’est particulièrement dans ce sens détourné que le terrorisme, en effet, représente une menace pour le monde. Le terrorisme est également créé par le contre-terrorisme et vice-versa. L’exemple de l’Irak est le plus frappant, mais l’Asie occidentale comme l’Asie du Sud sont de bons exemples aussi.

L’auteur Gérard Chaliand pense cependant que, bien que le terrorisme puisse être un problème dans la durée, il est incapable de causer des changements majeurs dans la configuration du monde par rapport à l’ordre des États et des puissances. Il a probablement raison si nous ne prenons pas en compte la reproduction du terror/isme par l’État lui-même (et maintenant par l’appareil de maintien de l’ordre mondial), et la détérioration de la démocratie en tant que résultat. Ce qui ne semble pas l’inquiéter autant, c’est le processus généralisé d’expansion de la « terreur » d’Etat, son échelle inouïe, et le fait de transformer les « exceptions » en règles globalement, ou le mécanisme binaire de reproduction des conflits ainsi que de leur effacement. Dans mon propre travail en tant que philosophe, il a été utile d’introduire le concept de partage de la raison pour comprendre que ces mécanismes. « Orient/Occident », « Est/West », « masculin/féminin » ou « le bien/le mal  » sont autant de formes de partage de la raison , puisqu’ils soulignent, notamment de nos jours, le fossé insurmontable dans « la modernité fluide » entre ceux qui sont dedans et ceux qui sont dehors : citoyens/migrants. J’ai suggéré à cet égard le concept du citoyen manquant . La dichotomie est naturellement asymétrique. Fethi Benslama a écrit dans Une fiction troublante. De l’origine en partage : « L’Occident est non seulement un extérieur pour les musulmans, mais la limite actuelle d’un conflit intérieur aussi. L’opposé est également vrai, mais selon d’autres relations, beaucoup plus vieilles » . Nous avons besoin à la fois de démêler le terrorisme de la dichotomie de terreur/terrorisme de l’État qui l’entoure, le réduit à une simple réciprocité, aussi bien que de voir leur construction réciproque dans leur contexte complexe commun. Nous devons comprendre le fonctionnement plus profond et à long terme de leur rapport mutuellement interdépendant.
Actuellement, et de loin, le conflit le plus nocif résultant d’une telle dynamique est le conflit généralisé entre l’Occident et le monde musulman dans son ensemble. Il se traduit en termes mondialisés « la guerre contre la terreur » de quelques pays occidentaux contre l’idéologie islamique extrémiste. La(les) culture(s) islamique(s) doi(ven)t remodeler et développer son(leurs) imagination(s) politique(s) autant que l’Occident. Ce serait une énorme entreprise culturelle et politique, qui aiderait à dédramatiser la notion courante reçue au sujet du terrorisme.
Une perception fausse en Occident/au Nord voudrait que les terroristes visent seulement l’Occident, tandis qu’ils visent en particulier leurs propres sociétés, les intégrant au conflit. Mais les actes terroristes traduisent un certain état des affaires politiques et matérielles, les espoirs des populations comme interprétés par les terroristes, aussi bien qu’un état d’esprit (celui du terroriste). C’est en effet également un acte de traduction à différents niveaux, et il doit être étudié en tant que tel, alors que l’idéologie qu’il emploie semble être liée de façon instrumentale à la provocation visée. Cette traduction exige en contrepartie des traductions à tous les niveaux, afin que la violence soit autant que possible désamorcée. Nous devons surmonter l’actuelle impasse épistémologique devant laquelle se trouve toute la planète . La crise des connaissances que nous connaissons actuellement a certainement des origines multiples, mais nous pouvons discerner deux ou trois causes relativement récentes : la fin de la guerre froide et de la confrontation capitalisme/communisme ; la condition post-coloniale et ses effets en retour . Résultant de ces dernières, des raisons historiquement plus profondes apparaissent au confluent de la suprématie des Etats-Unis, d’une certaine arrogance politique occidentale, des humiliations historiques et des actes terroristes spectaculaires, suivis d’une tendance vers une idée de sécurité mondiale nocive à la démocratie et à la paix.

Dans des affaires moins importantes également, les États tendent à exploiter le malaise politique qu’ils créent eux-mêmes afin de le situer dans le « champ de la sécurité », pour pouvoir intimider une population, l’accuser de terrorisme ou la criminaliser . C’est ce qui s’est exactement produit lors des émeutes des banlieues françaises en 2005 ; elles ont donné l’occasion au Ministère des Affaires intérieures d’opérer un tournant plus répressif encore. C’est une occasion pour que les gouvernements accentuent leur politique globale davantage vers la droite, en mettant en œuvre des stratégies anti-terroristes répressives par lesquelles ils régiront également les frontières et criminaliseront l’immigration . Le lien entre la (dé)colonisation et les migrations est toujours relativement un tabou en France, du moins officiellement, deux ans après les événements . Il y a une résistance à voir la mobilisation suivant ces événements comme politique.
Cependant, les jeunes insurgés des ghettos occidentaux, ou « les terroristes internationaux » (toute proportion gardée) ne vont pas nécessairement devenir des sujets politiques au sens classique du terme, bien qu’ils réagissent en lançant des revendications politiques au visage de ceux qui s’en balancent. Non seulement parce qu’il y a de moins en moins des possibilités pour qu’une organisation politique émerge, mais également parce qu’ils sont souvent plus un symptôme politique qu’une force politique organisée. Et parce qu’il faudra une imagination politique additionnelle pour pouvoir penser à de nouvelles organisations politiques et à de nouveaux instruments et subjectivations politiques.
Dans sa critique de l’universalisme abstrait officiel français, Eleni Varikas écrit : « Par le fait de traiter le principe fondamental de la démocratie non pas comme un impératif politique, mais plutôt comme un fait positif, l’universalisme de l’État agit comme si tous étaient en effet libres et égaux. Une fois conçues du point de vue de l’État, les différences produites par les antagonismes sociaux, empêchant l’exercice effectif de l’universalité des droits, sont privées du contenu politique ; politiquement invisibles, elles sont assignées au « social » qui est, de ce fait, dissocié du « politique ». Le fait de considérer que la société est à son stade définitif telle qu’elle est, achevée avec ses inégalités, ses distinctions, ses servitudes, ses besoins, réduit le politique à la seule politique, à la science du gouvernement, au fonctionnement de l’État et de ses institutions ».
Par définition, le terrorisme et la terreur peuvent être maintenant seulement vus en tant que faits des autres, jamais de l’État lui-même, ou des États respectables. Même auparavant, dans le cadre d’une science politique plus traditionnelle, les terroristes étaient définis et identifiés par l’(les)État(s), mais au moins le concept de la terreur d’État apparaissait indistinctement comme l’ultime menace du plus redouté de tous les gouvernements, finalement identifié sous les traits du totalitarisme. Il semble maintenant qu’il y ait une double boucle dans le nœud terreur-terrorisme, celle de l’effacement d’une idée d’un terror(isme) fomenté par l’Etat.
La terreur et le terrorisme qui convergent dans « le mal », connus sous le nom de « terreur », viennent maintenant d’un ailleurs lointain, un extérieur absolu. Un refoulement a été actionné . Inutile de dire que la désémantisation du langage s’ajoute à la perte collective de la mémoire historique, d’imagination sociopolitique et de critères sédimentés par l’histoire aussi bien qu’à l’infantilisation de la pensée politique.
Nous avons eu des exemples semblables de désémantisation à travers la dépolitisation pendant la dernière série de guerres en ex-Yougoslavie. La dépolitisation incluait le fait de refuser à l’autre toute crédibilité de discours et tout droit de parler ou donner ses opinions, autant que le recours aux « solutions » armées. Là aussi, la perte et le changement forcé de la signification du langage commun par des intérêts nationalistes investis dans tous les camps ont été un outil direct et brutal qui a contribué au démantèlement du pays. C’était surtout violent et fatal aux individus, à des populations entières, aux vies humaines et à l’histoire. La même logique s’applique à d’autres tensions et conflits internationaux, puisque la « terreur » est aussi mondialisée. Le(s) groupe(s) politiquement dominant(s) niera[ont] à ceux qui réclament une identité particulière la dignité d’un enjeu politique et la capacité d’une articulation politique et d’un discours. Par exemple, on entend souvent dire en France que l’Islam devrait être dépolitisé. Ce que l’on entend probablement par là c’est que, en Islam aussi, la religion comme croyance personnelle devrait être séparée de la sphère politique et publique (bien que cette distinction séculariste soit problématique). Mais c’est absurde. Aucune religion ne peut être intrinsèquement dépolitisée. On a également trop attribué l’origine du terrorisme à la religion, bien que la religion semble être seulement un moyen et un instrument, ou un véhicule avec une large gamme d’idéologies .
Le politique, dans la mesure où il est ambivalence et tension, est « premier » et vient avec la vie elle-même. Il n’existe certainement aucun « terrorisme » sans État(s) le provoquant, l’indiquant, et représentant tout à la fois son cadre et sa possibilité d’existence. Nous avons souvent été témoins d’une escalade indiquant l’autre d’abord comme un éventuel terroriste, et puis comme la paix évolue imperceptiblement vers ni-paix-ni-guerre (ce qui a souvent l’aspect d’une guerre civile !), comme un vrai terroriste et agresseur. Le langage devient très important dans ces cas précis et chaque nuance est décisive. Par le langage, on entreprend d’exclure la « religion » ou la « culture » de l’autre du royaume du respectable. Le langage propose généralement une problématique qui différencie entre les deux niveaux de la religion (la croyance personnelle et la religion politisée), tout en voyant la religion comme une forme du différend et de la différence politique. Le noyau d’une telle politique est semblable à celui de la laïcité. La religion elle-même est prétexte hélas ô combien récurrent et un instrument attribué à l’autre. Les mécanismes au travail dans de telles divisions et construction de conflits en tant que religieux, ethniques ou culturels sont l’identification et la dépolitisation, contribuant ensemble à cultiver la violence et à garantissant la brutalité à venir.

Dans leur construction croissante comme « exception » durable, la « terreur » et le « terrorisme » répondent aux mêmes caractéristiques que n’importe quelle autre « exception globale » contemporaine : ils sont transformés en une « règle d’exception » et sont prétendus généralisés, alors que leur action est imputée à l’autre. La construction de la généralisation et de la nouvelle règle, d’autre part, n’est elle jamais attribuée à l’autre et doit être au-delà de son extension. La terreur et le terrorisme sont ainsi construits comme menace planétaire à travers un langage qui ne tolérera pas d’autres codes de lecture que celui qui est prescrit, et lui seul. Il sera non seulement difficile d’articuler des interprétations diverses des phénomènes, mais elles subiront tout autant l’effacement que l’oubli orchestré.
Le langage doit naturellement être protégé de la traduction absolue du discours unidimensionnel politique, et son statut politique en tant que traduction devrait être reconnu : le langage et la compréhension ne peuvent fonctionner que si les significations et les lectures sont multiples, même si l’ « original » est vu comme une traduction .

Traduit de l’anglais par Mountaha Kobsi avec le concours de l’auteure.

NOTES et REFERENCES:
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Voir les travaux de Saskia Sassen à ce sujet.
Goodin donne une pléthore d’exemples de nomination et par là de création de terroristes. D’autres auteurs en font autant. Bianca Stancanelli parle dans son livre d’une “investigation” sur un groupe islamiste extrémiste inexistant (Quindici terroristi innocenti. Come è finita la prima grande inchiesta sull’estremismo islamico in Italia, Marsilio editore, 2006).
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C’est ce que Reza Aslan pense selon P. Mishra dans « The Misunderstood Muslims », The New York review of Books, 17 novembre 2005, p. 15-20 (R. Aslan, No God but God : The Origins, Evolution and Future of Islam, NY, Random House 2005).
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Nouvelle référence mais sur un autre point à la lecture par G. Chakravorty Spivak dans “Ethics and politics in Tagore, Coetzee, and certain scenes of teaching”, op. cit., “celui que vous jetez à terre vous y entraînera” ou bien “vous serez pareils en disgrâce à eux tous”. Cela signifie partager la disgrâce de ce que nous avons, ou qui peut-être on simplement été humiliés historiquement. C’est une référence à une inévitable et probable « égalité dans la disgrâce » à venir, « finir comme un chien lorsque la société civile se désagrège ». Voir aussi Paolo Barnard, Perché ci odiano, Milano, Rizzoli, 2006, selon qui le terrorisme actuel a été produit par le terrorisme d’Etat de l’Occident appliqué aux colonies, et est destiné à nous condamner. De manière comparable, dans le cas du concept capital de Konstantinović, palanka, dans les exemples de l’agonie de l’ancienne Yougoslavie (R. Iveković, Balcanizzazione, op. cit. et Autopsia dei Balcani. Saggio di psico-politica, Milan, Raffaello Cortina 1999) la dite disgrâce décrite d’une main de maître par Coetzee dans son extraordinaire roman homonyme (New York, Viking 2000) et finement saisie par G. Chakravorty Spivak, se produit quand une société est démantelée et son tissu désarticulé.
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Pour les groupes “terroristes” et la petite insurgence autre que celle de musulmans, la situation concernant l’échelle et le langage peuvent rester localement la même qu’avant, v. Study on Polit. Violence, op. cit. p. 3 & 11. C’est en général la “terreur islamiste” qui est considérée avoir des dimensions globales.
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Ignatieff, par exemple, ne voit pas Al Qaïda comme pouvant avoir une base; Ignatieff, op. cit., p. 150.
“Study on Polit. Violence”, op. cit., p. 3-5; 20.
J’ai montré ailleurs la parenté entre les ruptures sociales et les partitions des Etats.
Pour cette division et la citation précédente, voir: www.carnegieendowment.org/pubs
Le terme est de Balibar, interviewé par Ida Dominijanni, il manifesto, 11-0-2002.
Ce renvoi au livre classique de Benedict Anderson, Imagined Communities: Reflections on the Origins and Spread of Nationalism (Verso, London/New York 1983) est ici rappelé par la lecture que Yiannis Papadakis’ fait de la partition de Chypre et en particulier par son interprétation du rôle de la narration dans la construction de l’identité nationale : la même chose est vraie des identités supranationales ainsi que des identités politiques. Y. Papadakis, “Nation, Narrative and Commemoration: Political Ritual in Divided Cyprus”, History and Anthropology, 2003 Vol. 14 (3), pp. 253-270.

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Il me semble que mon ami Ranabir Samaddar oublie parfois ce simple fait dans son travail, voir son texte pour l’atelier IDEA/UNDP International Workshop on Democratic Dialogues and Constitution Building Processes, Santa Cruz, Bolivia, 23-25 juillet 2006: “New Issues in the Politics of the Indigenous: Minimal Justice, Law and the Dialogue Experience”. Les citations suivantes viennent de cet article.
Noémi Lendvai & Paul Stubbs, “Translation, Intermediaries and Welfare Reforms in South Eastern Europe”, op. cit.
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E. Varikas, Penser le sexe et le genre, op. cit., p. 85.
Artemy Magun, “Kant on the French revolution: the role of terror in the constitution of the subject”, intervention au colloque mentionné sur la terreur.
J’ai discuté de certains de ces problèmes dans mon introduction « Religion et relations Est-ouest » à la session de mon séminaire Partage de la raison II avec F. Benslama, ainsi que dans le débat avec lui, le 31 mai 2006, au Collège international de philosophie. Je ne puis m’engager ici dans les questions de religion ou celles de l’(auto-)sacrifice, que j’y avais touchées.
Anna Nadotti, “Fuori canone. Letterature, cinema, video nell’india contemporanea: una mappa impossibile”, «Luoghi e identità. Letterature e geografia a confronto»,Convegno di Studi, 18-19 ottobre 2002, Università degli Studi di Bergamo. Egalement, Nadotti: “In the Infinite Labour of Translation an Impossible Map Emerges. The Other Walking Alongside us Takes Shape”, http://translate.eipcp.net/transversal/1107

 

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